MISSION ACCOMPLIE POUR « LE MISSIONNAIRE »

Publié le par Léon Salers

Le Missionnaire1, de Roger Delattre, est un film qui à ma connaissance, n’a pas fait beaucoup de bruit, bien moins en tout cas que certains longs métrages, chiants comme ce ne devrait pas être permis de l’être à ce point, que Télérama, comme « la chaîne des beaufs qui croient qu’ils n’en sont pas »2, ont, bien évidemment, « ââdôôrés », et par conséquent encensés.

 

Il me semble pourtant que ce film de 2009, sans néanmoins défrayer la chronique, aurait pu faire couler un peu plus d’encre qu’il ne s’en est effectivement répandu au sein des gazettes spécialisées dans le 7ème art, et cela même si son « intrigue » – un truand fraîchement sorti de taule part, déguisé en curé, pour un village paumé de l’Ardèche afin d'échapper à l’intérêt que portent ses poursuivants à divers bijoux dont il est le seul à connaître la planque – n’était pas la plus passionnante qu’on ait pu imaginer…

 

Pourquoi écrire ce qui semble rien moins qu’une provocation ? Pour tout un tas de raisons, qui valent bien celles que brandissent les critiques autorisées de ce que l’on projette dans les salles obscures pour oser écrire que Le Fabuleux destin d’Amélie Poulain est un bon film, Audrey Tautou une actrice « fôôrrmîîdââble », ce qui, tu t’en doutes cher lecteur, me fait doucement ricaner.

 

La première de ces nombreuses raisons que j’aurais à avancer est que le jeu d’acteur de Jean-Marie Bigard, traditionnellement considéré par la petite bourgeoisie intellectuelle3 comme l’archétype de ce qu’elle méprise probablement le plus, ce personnage censé résumer le peuple dans tout ce qu’il a de plus repoussant qu’elle désigne à l’aide du vocable de « beauf », est véritablement saisissant. En effet, sans aller jusqu’à comparer Bigard à feu Lino Ventura, ce qui, excessif, serait de surcroît injuste tant Bigard possède un style qui lui est propre, ce dernier paraît littéralement habité par le rôle qu’il joue : sa voix, grave, sonne toujours juste ; les traits de son visage, souvent fermé, plus rarement détendu, expriment avec une quasi perfection toute une palette de sentiments allant de la colère froide à la plus sincère tendresse ; son regard, quant à lui, constitue une incroyable source d’émotions dans lequel le spectateur ne cesse de puiser durant tout le film. Bref, son talent d’acteur explose littéralement, ce qui a probablement incité ses partenaires, notamment un Doudi Strajmayster particulièrement drôle, à donner le meilleur d’eux-mêmes.

 

Une autre raison est que ce personnage d’ex-truand, contraint de jouer les curés de campagne, est porté par des dialogues d’une assez rare qualité, qui ne sont pas sans rappeler ceux, légendaires, qui ont fait la gloire de Michel Audiard, que l’on trouve par exemple dans Les tontons flingueurs.

 

Si je devais en avancer une dernière raison, ce serait sans doute la suivante : le montage des images a été réalisé de telle sorte que l’on ne peut s’empêcher, en définitive, de rire ou sourire à chaque minute de ce Missionnaire qui, semble-t-il, avait pour principale mission, parfaitement accomplie, de faire rire le public.

 

Cela dit, à toi de voir, cher lecteur, ce qu’il te siéra de penser de ce film. Sache en tout cas que je suis dès à présent persuadé que tu ne perdras pas plus ton temps à regarder ce long-métrage là que ceux dont on te dit, dans certains magazines ou sur certaines chaînes de télévision, qu’il faut « ââbsôôlûûment » que tu les voies.

 

                    LÉON SALERS

                    13 juillet 2010

 

1 Le Missionnaire, Roger Delattre, Europacorp, DVD, 2009, 90 mn.

2 Définition de Canal + selon Laurent Gerra (cité dans « Stéphane Guillon roi de la farce », Bakchich Hebdo, n°30, Samedi 26 juin 2010, p 10)

3 Sur ce concept, voir le récent ouvrage de Jean-Pierre Garnier, Une violence éminemment contemporaine. Essais sur la petite bourgeoisie intellectuelle et l’effacement des classes populaires, Marseille, Agone, coll. « Contre-Feux », 2010, 254 p

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