PERSONNE NE PEUT TIRER DES LIVRES PLUS QU'IL N'EN SAIT DEJA

Publié le par Gilles MONPLAISIR

 

 

            On écrit. On essaye de tracer, aussi subtilement que possible, sa pensée. C'est diffusé, tant bien que mal. En général, ce n'est même pas lu. Aucun écho. Cela ne veut pas dire que ça ne produise pas certains effets dans la réalité.

 

            Parfois, on vous répond.

 

            J'ai lu la réaction de Bruno Lafourcade[1] à mon article sur Michel Houellebecq[2]. Visiblement, nous nous sommes mal compris.

 

            Je n'ai jamais décrit Michel Houellebecq comme un « dandy lunaire, sans éthique et sans esthétique »[3] (ce style ne me correspond pas). Michel Houellebecq est de son temps, et le dire c'est déjà tout dire. Son seul mérite aura été de décrire la société moyenne, composée d'individus moyens, qui est la nôtre aujourd'hui. Qui est celle de toutes les époques. Moyens eux-mêmes, ses livres disparaîtront. Ils seront remplacés par d'autres livres, eux aussi moyens.

  

            Décrire la société est une chose, la perforer dans sa propre langue en est une autre. Merci de vous arrêter sur ce mot : perforer. Ne lisez pas trop vite...

           

            Bruno Lafourcade écrit : « Dans un article récent, Gilles Monplaisir relève les limites de Michel Houellebecq. Elles seraient morales et esthétiques, et auraient pour fondement l’inaptitude au bonheur et à la joie sensuelle dont souffre l’auteur de La carte et le territoire. » Les limites de Michel Houellebecq ne sont ni morales, ni esthétiques, mais tout simplement techniques. Je ne « déduis » aucune morale.

  

            « Le manque de joie de vivre serait donc moralement douteux. » Je n'ai jamais insinué cela et, pour tout dire, cela n’a aucun sens. Tout comme de dire que le bonheur peut désormais être l'objet d'un « légitime commerce ». Ne confondons pas le « bonheur », tel qu'il est pensé par Georges Bataille, avec le misérable « bien-être » des clubs de vacances...

 

            Je ne citerai pas toutes les phrases sensées reprendre mes propos, et qui n'en sont presque systématiquement que la déformation. Je me contenterai de citer les passages clefs de mon article (et que Bruno Lafourcade, curieusement, ne retient pas) :

 

            « Résignés devant la castration du temps, Jed Martin et Michel Houellebecq ne perçoivent pas la chance que recèle toute angoisse : celle de jouir – sans contrepartie – de l’instant présent. L’un ne va pas sans l’autre. »

 

            « Celui qui se résigne à mourir se place ipso facto dans un continuum biologique – base du totalitarisme – qui exclut toute émergence de la parole au profit d’une filiation matrilinéaire des êtres. »

 

            Et plutôt que de faire un fastidieux exposé qui expliciterait ces deux citations, je renvoie aux articles suivants (sans lesquels on ne peut comprendre correctement mon propos) :  

 

    - Crise infantile

    - En fils de roi

    - L'avènement du roman[4]

    - L'improvisation romanesque[5]

    - L'inscription du désir[6]

    - La France masochiste

    - Le langage face à l'abîme

    - Le totalitarisme, aujourd'hui

    - Maître et esclave

 

            Je m'aperçois à l'instant que toutes ces précisions sont inutiles. Elles ne seront pas davantage lues que les autres... « Finalement, personne ne peut tirer des choses, y compris des livres, plus qu'il n'en sait déjà. Ce à quoi l'on n'a pas accès par une expérience vécue, on n'a pas d'oreilles pour l'entendre » Cette citation de Nietzsche est placée en exergue d'un fascicule intitulé Le point intermédiaire[7] – On peut éventuellement le lire.

 

« y compris des livres », « par une expérience vécue », « y compris des livres », « par une expérience vécue »... N'ayez pas peur de répéter : il n'y a pas pires sourds que ceux qui ne veulent pas entendre...

 

Gilles Monplaisir

   



[1] B. LAFOURCADE, « Mérites de Michel HOUELLEBECQ. Réponse à Gilles MONPLAISIR », La Revue Critique des Idées et des Livres, 21 juin 2011 : http://www.larevuecritique.fr/article-noel-77420462.html

[2] G. MONPLAISIR, « Limites de Michel HOUELLEBECQ », Le Soupirail, 3 juin 2011 : http://le-soupirail.over-blog.com/article-limites-de-michel-houellebecq-75611249.html (ce texte est également disponible dans la Revue Critique des Idées et des Livres, 6 juin 2011 : http://www.larevuecritique.fr/article-noel-75922645.html)

[3] Expression employée par E. C. dans la présentation du texte de B. LAFOURCADE.

[4] G. MONPLAISIR, « L’avènement du roman », Le Soupirail, 30 juillet 2010 : http://le-soupirail.over-blog.com/article-l-avenement-du-roman-54698359.html

[5] G. MONPLAISIR, « L’improvisation romanesque », Le Soupirail, 5 octobre 2010 : http://le-soupirail.over-blog.com/article-l-improvisation-romanesque-1-58324764.html

[6] G. MONPLAISIR, « L’inscription du désir », Le Soupirail, 10 janvier 2011 : http://le-soupirail.over-blog.com/article-l-inscription-du-desir-1-64702456.html

[7] G. MONPLAISIR, Le point intermédiaire, Ed. Le Manuscrit, 2007, 45p.

 

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