UNE EXCEPTION FRANÇAISE ? (1)

Publié le par Samuel BON

Saviez-vous qu’il y a des Etats, en Europe, où « le mot jeune ne veut rien dire » ? C’est pourtant bien le cas, notamment en Allemagne. L’un des nombreux mérites de ce Cahier de Profession Banlieue (2), préoccupé d’attirer l’attention sur le fait que « Parler des ‘’jeunes’’ comme s’il s’agissait d’une entité pose problème », est entre autre de le souligner ; un autre étant de nous avertir, d’emblée, que la notion de « jeunesse », même définie a contrario de la toute aussi insaisissable notion d’ « âge adulte », est rien moins que floue et difficile à définir. 

 

Si, en Allemagne, le mot « jeune » ne veut pas dire grand chose, il n’est pas non plus revêtu d’une connotation péjorative, comme c’est le cas en France, où, exception en Europe, « la jeunesse est plutôt considérée comme problématique et dangereuse ».

 

La France, une exception ? A lire les sociologues Sabrina Gaviria et Francis Bailleau, il semblerait bien que oui : non seulement la société française est la seule à établir comme elle le fait ce lien entre « jeunesse » et « délinquance », mais elle est en outre « en train de développer un système uniquement répressif que l’on ne retrouve dans aucun autre pays européen ».

 

« Seul pays en Europe à être régulièrement confronté à cette réitération, cette reproduction systématique de révoltes, doublée d’une violence permanente et latente au niveau des institutions », la France fait donc, de ce point de vue là en tout cas, figure d’exception. Pour ce qui concerne l’insertion professionnelle des jeunes, les politiques d’emploi et de formation de ces derniers, les choses sont en revanche moins marquées. En effet, comme tous les Etats européens, la France est confrontée à la précarité croissante d’une catégorie qu’elle a, aux côtés du niveau communautaire, prise pour cible de nombre de ses politiques publiques : les jeunes générations qui arrivent sur le marché de l’emploi. Et, comme ses homologues européens, elle peine à appréhender, en traitant de l’emploi des jeunes, « un objet qui va au-delà de la spécificité d’un âge et qui touche aux transformations mêmes du système d’emploi et de mobilité ». Bref, sans être totalement dépassée, la France, sur ce point-ci en revanche, ne sort malheureusement pas du lot.

 

SAMUEL BON

 

 

(1)    Article initialement publié dans le n°509 de la revue Territoires (juin 2010, p 69)

(2)    France, Europe : quels regards sur la jeunesse ?, Les Cahiers de Profession Banlieue, 2010, 166 p, 13 € 50

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