SCANDALE ? VOUS AVEZ DIT SCANDALE ?

Publié le par Lionel ROUVE

Si l’assurance santé est un marché plein de promesses, c’est surtout pour les complémentaires de santé, qui n’ont pas fini de se gaver au détriment de tous, plus particulièrement des plus fragiles d’entre nous.

 

 

            La notion même de « consommateur », sans doute, est discutable (1) et, d’ailleurs, discutée. Cela étant, le travail qu’accomplit l’UFC-Que choisir ?, doyenne des associations de défense des consommateurs en Europe, n’en reste pas moins d’un très grand intérêt. L’enquête qu’elle vient de publier sur Le coût de la couverture santé pour les ménages (2), réalisée à partir de statistiques publiques (3), le rappelle.

            Qu’apprend-on en lisant cette dernière ? Tout d’abord, qu’entre 2001 et 2008, les dépenses de santé des ménages n’ont pas cessé d’augmenter. Puis que, les pouvoirs publics accumulant les « mesures d’économie » visant à sortir de plus en plus de dépenses de santé du champ de l’assurance-maladie pour les transférer directement aux « consommateurs »,  cette inflation des dépenses de santé a rendu indispensable, pour nombre d’entre eux, l’achat d’une assurance complémentaire privée, désormais « pré-requis pour pouvoir se soigner ».

Doit-on, comme certains, se réjouir de ce jeu de vases communicants ? Certainement pas. L’enquête le montre bien : l’accès à une complémentaire est lié aux ressources du ménage. En cas de revenus modestes de ce dernier, cet accès est donc nécessairement difficile et l’effort ainsi exigé sans commune mesure avec celui d’un ménage plus aisé. Est-il souhaitable que les plus fragiles d’entre nous soient ainsi mécaniquement condamnés à le devenir davantage ? Si le transfert des dépenses de santé aux ménages permettait, au final, une amélioration sensible des prestations de remboursement, on pourrait peut-être, à défaut de l’applaudir des deux mains, le tolérer. Mais ce n’est malheureusement pas le cas. L’enquête le montre à nouveau très bien : la période 2001-2008 se caractérise essentiellement par une détérioration de la performance de couverture des complémentaire santé. Pour le dire autrement, plus on paye, moins on est remboursé : la progression, avérée, du montant des cotisations ne bénéficient pas à ceux qui s’en acquittent régulièrement, mais à ceux qui les perçoivent.

Tout le mérite de l’UFC-Que choisir ?, qu’il faut saluer, aura été d’apporter la preuve des dérives d’un marché qui risque de s’aggraver avec le projet de loi de financement de la sécurité sociale (PLFSS) 2011 (4).

 

LIONEL ROUVE

 

 

(1) Voir page 24, Stephen KERCKHOVE, La dictature de l’immédiateté. Sortir du présentialisme, Ed. Y.Michel, 2010, p 24

 

(2) Septembre 2010, 15 p, http://www.quechoisir.org/media/fichiers/etudes/telecharger-l-etude-complete-le-cout-de-la-couverture-sante-pour-les-menages

 

(3) Les données utilisées émanent de sources de la statistique publique intervenant dans le secteur de la santé.

 

(4) V. COLLEN, « Retraite, santé, famille : les nouveautés du budget de la sécurité sociale », Les Echos, 8.09.2010

 

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