RÉVOLUTIONNAIRES DU NOUVEAU MONDE (1)

Publié le par Samuel BON

Tout le monde ne le sait pas forcément, il y eut jadis, aux Etats-Unis, un candidat socialiste, qui se présenta à de nombreuses reprises aux élections présidentielles américaines : Eugen Victor Debs (1855-1926), longtemps président du Parti Socialiste d’Amérique, qu’il avait largement contribué à fonder en 1901. L’ouvrage de Michel Cordillot (2), professeur à Paris VIII, insiste sur le rôle essentiel que furent amenés à jouer, lors de sa campagne de 1908, les militants socialistes francophones. Il le rappelle d’emblée, ce qui constitue l’un des deux grands mérites du livre. L’autre consistant à faire découvrir au lecteur le « rôle aussi important que méconnu » de ces drôles de Français d’Amérique », à propos desquels les travaux historiques, généralement bien informés sur le rôle joué dans l’histoire sociales des Etats-Unis par les immigrés de diverses origines, restaient désespérément muets. Car il y eut effectivement, aux « States », des « partageux » de langue française. Et parmi ces derniers un être d’exception – l’autodidacte Louis Goaziou - qui, à en croire la très convaincante démonstration de Cordillot, fit « exister durant près d’un quart de siècle une presse révolutionnaire d’exception », dont on dévore avec fièvre les pages qui lui sont consacrées, plus particulièrement celles consacrées à « L’Union des Travailleurs », journal qui, tout en concrétisant l’aboutissement des conceptions journalistiques de son fondateur, sut « trouver – et surtout préserver – un équilibre entre les quatre fonctions principales que son fondateur entendait lui assigner simultanément : défendre une ligne politique déterminée, informer, éduquer, et enfin créer du lien social avec et entre les lecteurs ».

Cela dit, et bien que cela puisse constituer pour nombre d’entre nous un véritable scoop, découvrir qu’il y eut des « partageux » aux « States » n’est peut-être pas le principal intérêt de ce livre très bien écrit, qui est bien plutôt de proposer au lecteur des pistes de réflexions sur un phénomène social constitutif de l’identité américaine : l’immigration. On ne perdra pas en tout cas pas son temps en lisant cette histoire oubliée d’une minorité au sein de la minorité que constitua, entre 1885 et 1922, l’ensemble des « socialisants » aux Etats-Unis.

 

SAMUEL BON

 

 

(1) Article initialement paru dans le n°510 de Territoires.

(2) Michel Cordillot, Révolutionnaires du Nouveau Monde. Une brève histoire du mouvement socialiste francophone aux Etats-Unis (1885-1922), Lux Editeur, 2009, 212 p

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