NUIT GRAVEMENT Á LA CONNERIE

Publié le par Samuel Bon

Qu’il nous entretienne du dernier ouvrage qu’il a lu ou bien encore des pensées que n’arrêtent pas de sécréter son esprit fécond (1), on n’est jamais déçu. La lecture de ce qui n’était au départ qu’un bloc-notes, qu’il vient de publier chez Actes Sud (2), ne fera que confirmer la règle selon laquelle on ne perd jamais son temps, ni même son argent, avec un livre de Sébastien Lapaque, romancier, essayiste et journaliste au Figaro.

 

 

Bien sûr, la couverture de cet ouvrage – une silhouette d’homme propre sur lui, perché sur une pile de volumineux bouquins, contemplant du haut de ses cimes de papier une sorte de bas monde auquel il ne souhaite visiblement pas se mélanger –, eut permis de penser tout le contraire et même que l’on avait entre les mains et même que l’on avait entre les mains un énième ramassis de fragments misanthropiques sans intérêt, péniblement couchés sur le papier par un de ces « spleeneux » sans envergure qui se mettent en tête un jour, allez savoir pourquoi, de dire tout le man qu’ils pensent des masses incultes.

Fort heureusement, l’ouvrage de Lapaque n’a rien avoir avec ce genre de repoussoir et les cent soixante et onze pages qui suivent le piètre appât que constitue la couverture d’Au hasard et souvent sont un régal pour l’esprit que « les injonctions de la Grande Machine » (3) n’ont pas encore totalement liquéfié.

En effet, qu’il s’agisse pour lui d’analyser ce que nous révèle de notre époque l’apparition récente dans les entreprises des « tickets-psy » ou bien encore la disparition du certificat d’études, de nous expliquer pourquoi « il est significatif que la question du protectionnisme ne soit jamais posée » et en quoi « la langue colorée de Michel Audiard n’a rien à voir avec la bouillie verbale » de Nicolas Sarkozy (pp 35-37), Sébastien Lapaque, contrairement à d’autres, n’écrit pas pour rien dire. Ses réflexions, menées tambour battant,  qui se terminent bien souvent par un aphorisme cinglant, quand elles ne l’enrobent pas, sont profondes.

Si pénétrantes qu’on en oublierait presque que Lapaque continue d’écrire, contre vents et marées, dans ce fidèle soutien de l’entreprise de destruction sociale et de décérébration qu’il conspue sans relâche dans son bloc-notes, cet organe de presse dont le public est essentiellement constitué par une partie de cette « Europe de petits blancs frileux », « avec des molosses aux frontières qui grognent quand ils voient arriver des bronzés », dont il se gausse allègrement pages 48 et 157: Le Figaro.

 

SAMUEL BON

 

 

Sous le soleil de l’exil, Grasset, 2003 ; Il faut qu’il parte, Stock, 2008.

Sébastien Lapaque, Au hasard et souvent, Actes Sud, 2010, 171 p, 18 €

Toutes les citations entre guillemets, à partir de celle-ci, sont extraites d’Au hasard et souvent.

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