LE MARIAGE EST UNE MAUVAISE ACTION (1)

Publié le par Samuel BON

Son père, un artisan libre penseur et socialiste, admirait Voltaire. C’est la raison pour laquelle il a appelé sa fille Voltairine, prénom hors du commun, comme celle qui le portera jusqu’à sa mort, en 1912. Contrairement à l’homme au « hideux sourire », cette dernière croira en la capacité de tous de se libérer des multiples chaînes qui les retiennent au sol. Et elle le répétera inlassablement jusqu’à son dernier souffle, lors de moult conférences, comme celle qu’elle prononcera le 28 avril 1907 dans les locaux de la Radical liberal league, et qui donne son nom à cet ouvrage que les éditions du Sextant ont publié récemment, agrémenté d’une biographie de son auteure (2).

 

Anarchiste, Voltairine de Cleyre n’aura pas peu fait, selon son biographe Chris Crass, pour faire progresser la question féminine. Elle aura, en tout cas, « toute sa vie, (…) combattu le système de la domination masculine ». Était-ce en raison de son séjour de trois ans et demi dans un couvent, « de la façon dont la traitèrent la plupart des hommes qui partagèrent sa vie, [c'est-à-dire] comme un objet sexuel, une reproductrice ou une domestique » ? La plupart de nos révoltes provenant bien souvent des nos expériences personnelles, ce n’est pas impossible. On comprendrait en tout cas que la vie de cette femme contrainte d’avoir un enfant alors qu’elle n’avait jamais eu l’intention d’être mère et ne voulait pas en élever ait pu avoir quelque incidence sur ses réflexions. Mais, au fond, cela n’importe pas beaucoup. Bien moins, en tout cas, que la façon magistrale dont Voltairine de Cleyre s’y prend dans cet ouvrage pour avancer une thèse qui restera encore longtemps controversée, à savoir que « le moyen le plus facile, le plus sûr et le plus répandu de tuer l’amour est le mariage », entendu comme « relation permanente entre un homme et une femme ». Bien moins, surtout, que l’actualité du propos que nous délivre celle qui fut l’une des toutes premières féministes et qui, malheureusement, demeure bien moins connue que certains de ses épigones actuels, dont par charité nous ne citerons pas les noms, mais qui gagneraient certainement à relire Voltairine de Cleyre…

 

SAMUEL BON

 

(1) Article initialement paru dans le n°511 de Territoires, octobre 2010, p 54

(2) Voltairine de Cleyre, Le mariage est une mauvaise action, ouvrage traduit et annoté par Yves Coleman, éditions du Sextant, 2009, 64 pages, 7

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