LE JUIF NOUVEAU EST ARRIVÉ

Publié le par Samuel BON

En ce tout début de XXIème siècle, l’ « Arabe » tend à devenir, en France, le « Juif » d’un siècle que l’on a coutume de qualifier de « court » : le XXème siècle.

            L’« Arabe » ou le « Musulman » ? Face à une telle question, tant une égalité stricte entre ces deux mots semble s’imposer le plus naturellement du monde dans l’inconscient collectif comme dans le « cerveau » de l’actuel ministre de l’Intérieur (1), il n’est pas aisé de trancher. En effet, rares sont ceux en France qui, de nos jours, pensent que tout arabe n’est pas nécessairement musulman. Quant à ceux qui penseraient que tout musulman n’est pas forcément arabe, ils sont encore plus rares : rarissimes.

            Quoi qu’il en soit, celui que l’on suppose adepte de l’Islam remplace progressivement ce « Juif » qui, ayant déjà bien trop souffert durant le siècle précédent (2), ne peut plus désormais, en France en tout cas (3), en raison d’un certain « moratoire d’Auschwitz » (Elie Barnavi), servir de bouc émissaire commode, d’ « état confédéré » ou bien de puissance d’argent occulte qu’à quelques nostalgiques d’une époque qu’ils n’ont, soit pas connue, soit que trop bien connue…

Bref, le « Juif nouveau », en quelque sorte, est arrivé. Et pour s’en convaincre, il suffit de jeter un œil au site dédié au « débat » sur l’ « identité nationale » (4), de prêter attention aux diverses tribunes qui furent à l’époque consacrées au sujet, parues dans nombre de périodiques, hebdomadaires ou quotidiens, qu’ils soient ou non « de référence ». Ce n’est plus tout à fait au « Juif » que l’on reproche d’être in-intégrable. Ce n’est plus au « Juif » que l’on demande si, en cas de conflit entre « son » pays et la France, il choisirait la France. Ce n’est plus le « Juif » que l’on soupçonne d’être prêt à trahir la France à la moindre occasion. Ce n’est plus au « Juif » que l’on fait des remarques sur ses habitudes alimentaires proscrivant le cochon, dans lequel, c’est bien connu, tout est bon. Ce n’est plus, en quelques mots, le « Juif » qui est dans le collimateur de l’angoisse nationale. C’est celui que l’on suppose adepte de l’Islam, c'est-à-dire le musulman, donc l’ « Arabe », puisque, c’est entendu, on ne va pas chipoter, tout arabe est forcément musulman, de la même façon que tout musulman est forcément arabe...C’est celui, surtout, que d’aucuns, pour qui il est impossible de trahir une nation à laquelle on ne peut appartenir de par sa culture, se gardent encore, en écho à Maurice Barrès (5), de qualifier de « traître ».

            Parce que le Juif nouveau est arrivé, espérons que ne surviendra pas prochainement une affaire comme celle qui a failli emporter, en d’autres temps, une république encore fragile : celle de l’Affaire Dreyfus.

            Espérons-le car l’on ne manquera probablement pas de frôler, de nouveau, une guerre civile, et que des mots assassins, de ceux qui ont autrefois mené au massacre de masse, seront immanquablement prononcés.

            Espérons-le, mais en gardant bien à l’esprit qu’il ne suffit jamais d’espérer.

 

 

SAMUEL BON

 

(1) Lors de la polémique déclenchée par ses considérations auvergnates, Brice Hortefeux, auquel on reprochait des propos sur les Arabes, s’est excusé auprès…des musulmans.

 

(2) JEULAND (Yves), Comme un juif en France (partie 1 : Dans la joie ou la douleur ; partie 2 : de l’affaire Dreyfus à nos jours), DVD Edition France télévisions distribution, 2007, 360 mn.

 

(3) Sur ce point, v. les lumineux propos de Régis DEBRAY, in Á un ami israélien (avec une réponse d’Elie Barnavi), Paris, Flammarion, coll. « Café Voltaire », 2010, pp 35-56

 

(4) www.debatidentitenationale.fr

 

(5) Dans Scènes et doctrines du nationalisme (1902), Barrès, parlant de Dreyfus, tend, non sans une certaine perfidie, à abonder dans le sens de ceux avançant que Dreyfus n’est pas un traître : « Ils ont raison : Dreyfus n’appartient pas à notre nation et dès lors comment la trahirait-il ? Les Juifs sont de la patrie où ils trouvent leur plus grand intérêt. Et par là on peut dire qu’un Juif n’est jamais un traître ».

Publié dans Crachoir

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