LA VIE SANS ÉSPÉRANCE, SANS IDÉAL ET SANS PROJET, CE N’EST PAS LA VIE.

Publié le par Léon Salers

« Cachez vos enfants, les curés vont sortir ! », criait, à la sortie de la messe, un homme encagoulé, au milieu d’autres, eux aussi déguisés pour l’occasion, à savoir la Percée du Vin Jaune (1).

            A bien y regarder, si la gêne se lisait sur certains visages, sur d’autres, en revanche, on voyait fleurir des sourires. En tous les cas, difficile de détecter sur l’un d’eux colère, indignation ou bien courroux.

            Pourquoi attacher de l’importance à tout cela ? Parce que c’est sans doute dans ces moments-là que l’on entraperçoit ce qu’est, aujourd’hui, la place de l’Eglise catholique en France. Objet d’amusement pour certains,  sorte de « Machin » pour quelques autres, elle est une institution que d’autres respectent encore, un peu par habitude, comme ils respecteraient une vieille tante qui, perdant la boule, promènerait dans les rues du village, vêtue d’une seule liquette, une laisse sans chien. Une vieille tante dont on dissimulerait les affres crépusculaires en n’en parlant pas, en faisant comme si ces derniers n’existaient pas.

            Qu’il en soit désormais ainsi de l’Eglise, cher lecteur, est sans doute bien dommage. Cela est bien dommage parce que l’Eglise est l’une des dernières en ce bas monde à poser une question essentielle. Une question que l’homme que je suis, qui ne fréquentait plus la messe depuis qu’il avait vu en l’Eglise l’institutionnalisation d’une hypocrisie sociale permettant d’esquiver ceux qui mendient leurs survie aux portes de la Maison de Dieu après avoir longuement plaints, à l’intérieur, ceux qui ne mangent pas à leur faim, fut heureux d’entendre. Et pas seulement parce que la méditation d’une telle question permettait sur le coup de passer un temps que le baratin de l’Evêque de Saint-Claude, malgré l’énergie déployée par une sorte de  Charlie Hollègue en soutane pour tenter de le rendre moins soporifique, rendait long. Très long. Mortellement long.

            Cette question, quelle est-elle ? C’est celle d’un psaume, intitulé « Sois témoin vivant de la lumière ». Elle demande à celui qui écoute ce que vaut la vie sans espérance, sans idéal et sans projet.

            C’est la question que ne se posent pas ceux qui n’ont d’autre ambition, avouée ou non, que de nous acheminer vers ce qu’ils appellent la « société de marché » : un monde terrifiant où les femmes et les hommes, progressivement décérébrés, ne seraient plus que des consommateurs, de marchandises et de services produits au moindre coût, circulant librement (2).

            C’est la question, lorsque l’on ne peut se résigner à vivre dans une société qui serait « de marché »,  que l’on devrait se poser.

            Une question fondamentale qui, une fois que l’on a répondu que la vie sans espérance, sans idéal et sans projet n’est pas la vie, en appelle d’autres, dont l’Eglise, fort heureusement d’ailleurs, n’a pas forcément le monopole : celle de la société souhaitable ; celle des moyens d’y parvenir. Des questions, en un mot, purement politiques. Des questions qu’il faut se poser et, avant que nous ne soyons définitivement condamnés à errer dans les rayons d’un supermarché grand comme le monde, auxquelles il faudra très rapidement apporter des réponses.

 

 

 

LÉON SALERS

30 juillet 2010

 

(1) Poligny (39), 6 et 7 février 2010.

(2) Stephen KERCKHOVE, La dictature de l’immédiateté. Sortir du présentialisme, Editions Yves Michel, 2010, 132 p, plus particulièrement les pages 17 à 35.

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