LA GUERRE DU GOÛT A DÉJÁ LIEU

Publié le par Lionel ROUVE

Jean-Claude Barbeaux, journaliste, signe un très bon roman, qu’il faut lire, pour au moins deux bonnes raisons.

 

 

Le monde du fromage est en pleine guerre : celle que livrent de grosses firmes à de petits producteurs traditionnels d’AOC (1), qui, tels certains Gaulois d’une BD bien connue, résistent en refusant de renoncer à ce qui distinguera toujours le véritable fromage de ces pales copies que l’on trouve en grande surface : le lait cru. En peu de mot : une guerre du goût.

 

Pour comprendre les tenants et les aboutissants de cette dernière, on peut, pourquoi pas, taper dans le rébarbatif : les ouvrages pour « happy few », rédigés par d’incompréhensibles spécialistes, dont on taira le nom par charité. On peut aussi visionner l’excellent film documentaire de Joël Santoni et Jean-Charles Deniau : Ces fromages qu’on assassine (2). On peut enfin, et c’est la solution qu’on serait plutôt enclin à préconiser, lire le savoureux roman du journaliste franc-comtois Jean-Claude Barbeaux : Panique à la fromagerie (3).

 

Pourquoi faudrait-il se jeter sans modération sur ce dernier ? Tout d’abord, parce que la plume de Barbeaux, plus qu’agréable à lire, sait indiscutablement communiquer le charme que peut exercer sur l’ « étranger » aux terres comtoises un contact prolongé avec les montagnes et les habitants du « Haut », cette drôle de France qui s’étend aux alentours de Pontarlier, ville humainement chaleureuse, climatiquement glaciale.

 

Cela énoncé, s’il ne faut surtout pas résister à la tentation de lire cette fiction, c’est aussi parce qu’au travers d’une histoire bien ficelée, Barbeaux parvient, cela en toute simplicité, à présenter au lecteur toute la panoplie de méthodes, plus que « border line », qu’utilisent désormais les entreprises pour mener de vastes opérations de déstabilisation de leurs concurrents. Bref, parce que c’est, en quelques mots, un très bon roman, de ceux qui n’ont pas fini de nous interroger.

 

 

LIONEL ROUVE

 

 

(1) Appellation d’origine contrôlée.

(2) Editions Montparnasse, (2007) 2010, 120 mn.

(3) Editions Cabédita, 2009, 136 p, 19 €

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