GRAINE D’ANANAR. PIERRE-JOSEPH PROUDHON (1)

Publié le par Samuel BON

Toujours s’efforcer de distinguer une œuvre de son auteur, voilà un réflexe qui devrait nous éviter bien des écueils ! Parfois, néanmoins, il peut arriver que ce ne soit pas tout à fait l’auteur en lui-même qui nous révulse mais, plutôt, certains aspects de son œuvre. La vie de Pierre-Joseph Proudhon, par exemple, n’hérisse que rarement ceux qui trouvent la force de supporter son épouvantable style. Par contre, qu’il se mette à proférer quelques propos peu amènes à l’égard de la gente féminine, « certains, jouant les blasés ou les puristes, [n’hésiteront] guère à jeter aux orties l’ensemble de l’œuvre proudhonienne en se contentant de quelques arguments rapides, notamment sur son phallocratisme », malheureusement bien réel, comme en témoignent les 10ème et 11ème études de son ouvrage majeur : De la justice dans la Révolution et dans l’Eglise.

Faut-il mettre à l’index l’œuvre de Proudhon au motif qu’il avait une conception plutôt rétrograde du rôle de la femme et voulait, par ailleurs, déclarer légalement excusable le meurtre, par le premier venu, d’un pédéraste pris en flagrant « délit de sodomie » ? Si nous ne devons pas hésiter à critiquer durement certains aspects de sa réflexion, nous devons aussi être conscients de ce que le Bisontin a apporté à la pensée. En effet, « ce n’est certainement pas perdre son temps que de se replonger dans les écrits de Proudhon, auteur d’une rare finesse politique et qui fut assurément un grand novateur. » Cela, l’ouvrage bien emmené d’un collectif d’anars rhône-alpins (2) nous en convainc aisément. Grâce à eux, la pensée de Proudhon, pourtant difficile à résumer, n’a bientôt plus guère de secrets pour le lecteur, qui n’oubliera pas, s’il veut en savoir plus, de se reporter aux ouvrages du Franc-comtois, pour la plupart en ligne sur gallica.fr.

 

SAMUEL BON

 

(1)    Article initialement paru dans la revue Territoires, n°517, avril 2011, p 53

(2)    Graine d’ananar. Pierre-Joseph Proudhon, Ouvrage collectif réalisé par l’URRAFA, Ed. du Monde Libertaire, 2009, 80 p, 5 €

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