« ET QU’ON N’EN PARLE PLUS », DE MICHEL SARDOU : AU CONTRAIRE, PARLONS-EN !

Publié le par Léon Salers

« Michel Sardou, chanteur de droite » ? C’est, depuis mon plus jeune âge, ce que j’ai toujours entendu dire de cet artiste – je pèse mon mot - que je n’avais pas le droit d’écouter parce que chez nous on était « de gauche », sous-entendu des gens très biens, cela même si certains d’entre eux, notamment mon père, pensaient qu’il y avait « trop de bougnoules en France », qu’ « un homme ça ne fait pas la vaisselle ni ne défait les haricots », qu’ « il faudrait flytoxer tous les feignants qui vivent aux crochets de la société ».

            « Michel Sardou, chanteur de droite » ? Personnellement, ça m’en a toujours touché une sans faire bouger l’autre. Je n’ai ainsi jamais éprouvé le moindre sentiment de culpabilité en achetant certains de ses disques, dont je continue de fredonner, aujourd’hui encore, et presque quotidiennement, nombre de chansons, que ce soit « Le curé », « Vladimir Ilitch », « La vieille », « Les deux écoles » ou bien encore « Le privilège ». Je n’en dirais d’ailleurs pas autant de Renaud, dont j’ai eu la faiblesse d’acquérir, « même pas en état d’ivresse » (1), le dernier « album », qu’il aurait mieux fait d’appeler, plutôt que Molly Malone (2),  « chant », voire « râle du cygne »… Bref, que Michel Sardou fût ou non « de droite », pour ce qui me concerne, n’aura jamais eu d’incidence sur la capacité, qui a toujours été la mienne, d’apprécier ce qu’il faisait, qui ne me paraissait pas plus à droite que certains propos de mon père, colleur d’affiches du PS, lorsque celui-ci n’était pas encore une  agence de placement pour apparatchiks propres sur eux, au discours plus lénifiant que léninisant.

            Pourquoi, mon cher lecteur, te parler de tout cela, qui doit à très juste titre t’indifférer ? Peut-être parce que ayant achevé la lecture du bouquin de « Michel » (2), et ne trouvant pas l’occasion de t’en parler, je me suis finalement résolu à prendre le premier prétexte venu qui me permettrait de te dire tout le bien que je pense de cette curieuse autobiographie, qui a la particularité, tout à fait remarquable, de se présenter sous la forme d’une conversation avec une défunte : la mère de Sardou ; la fameuse Jackie.

            Pourquoi s’agirait-il d’un livre tout à fait recommandable ? Tout d’abord, pour le style avec lequel il est écrit, agréable, soigné, presque gouailleur, souvent émouvant. Ensuite, pour le portrait en clair obscur, à mille lieues des sombres caricatures habituelles, qu’il offre de ce personnage, profondément torturé, paradoxal, bourru, complexe, parfois minable, en un mot humain, qu’est le trop peu connu Michel Sardou, dont on attendrait volontiers un autre livre, s’il n’avait laissé entendre, ne serait-ce qu’avec le titre de celui-ci, qu’il ne fallait pas y compter.

            Cela étant dit, ce n’est pas parce que je t’ai laissé entendre, mon cher lecteur, qu’il s’agissait d’un très bon livre que c’est forcément le cas. Bref, juges-en donc par toi-même. On pourra peut-être, alors, et bien volontiers, en reparler.

 

LÉON SALERS

6 août 2010

 

 

(1) Renaud SÉCHAN, « La boum », album Laisse béton, 1977, Polydor

(2) Renaud SÉCHAN, Molly Malone. Ballade irlandaise, 2009, EMI

(3) Michel SARDOU, Et qu’on n’en parle plus. Autobiographie, XO Editions,  2009, 222 p, 18 €

 

 

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