BALLON ROND : MICHÉA VA DROIT AU BUT

Publié le par Léon Salers

 

« Alexandre Dumas (…) avait la hantise de la page blanche. C’est la raison pour laquelle il n’écrivait que sur du papier bleu. » (Antoine Blondin) (1)

 

A bien y réfléchir, un tel stratagème, pourquoi le nier, aurait peut-être pu permettre à votre serviteur de se sortir d’affaire cette fois où, devant faire un papier sur un ouvrage, il éprouvait, non pas cette « angoisse de la première phrase », qui a si bien su torturer l’ami Quiriny (2), mais, bien plutôt, l’irrésistible envie d’aller humer les parfums du crépuscule que ne dégage jamais aussi bien la côte de Nuits-Saint-Georges que certains soirs de Juillet. Il y renonça toutefois. En effet, et vous l’aurez compris ô lecteurs, il venait de trouver, grâce à l’homme qui s’absinthait de temps à autre pour écrire, un moyen comme un autre de vous accrocher, cela pour vous dire, non sans diplomatie, que vous ne pouviez décemment passer à côté d’un bouquin de Jean-Claude Michéa (3), sans même daigner y jeter un œil, voire les deux.

 

Pourquoi faudrait-il que vous le lisiez, me demanderez-vous, à juste titre, mes exigeants lecteurs ? En tout premier lieu, parce que, Michéa n’a très certainement pas ménagé sa peine pour que vous puissiez, grâce à cette réédition, enfin lire quelque chose d’intelligent sur le football. Ensuite, parce que vous trouverez, pp 39-61, « quelques extraits du livre d’Eduardo Galeano (4) Le football, ombre et lumière » qui, du même acabit que les savoureuses chroniques de feu Antoine Blondin dans L’Equipe (5), vous feront découvrir un monde tel que vous n’en soupçonniez sans doute pas l’existence : celui du ballon rond. Enfin, parce que les développements de Michéa sur le football d’aujourd’hui, qui vont droit au but et constituent une très séduisante préface à ces morceaux choisis de l’ouvrage de Galeano, que vous devez me promettre de dévorer prochainement, vous permettront sans doute de percevoir « la vitesse et la force avec lesquelles le capitalisme moderne est désormais capable de dénaturer n’importe quelle activité humaine, dès lors qu’il s’en empare et lui impose sa logique » (p 7).


Peut-être comprendrez-vous alors que toute activité, même massivement d’origine populaire, même conçue pour «  pousser l’homme à redevenir un enfant un instant, en jouant comme un enfant joue avec un ballon de baudruche et comme un chat avec une pelote de laine » (p 19), peut, si nous n’y prenons garde, se transformer en industrie de la pire espèce : celle qui, au nom du profit et de la rentabilité, condamne l’inutile, pour finalement « noyer ‘’dans les eaux glacées du calcul égoïste’’ la totalité des actions et des relations humaines, et, ce faisant, les mutiler irrémédiablement dans ce qui en faisant l’essence et le prix » (p 23).


Peut-être même tirerez-vous, à ce propos, certaines conclusions. Ces conclusions, chers lecteurs, je ne puis, d’ores et déjà, que vous encourager à les méditer…

 

                                                                                                      LEON SALERS

                                                                                                      10 juillet 2010

 

(1) Propos rapportés par Jacques Augendre, in Antoine Blondin. Un singe en été, L’Equipe, 2005, p 52

(2) Bernard Quiriny, L’angoisse de la première phrase, Phébus, 2005, 192 p

(3) Jean-Claude Michéa, Les intellectuels, le peuple et la ballon rond, Climats, 2010, 63 p.

(4) Eduardo Galeano, Football, ombre et lumière, Climats, 1997, 273 p.

(5) Antoin Blondin, L’ironie du sport. Chroniques de L’Equipe 1954-1982, Editions de la Seine, 450 p ; Antoine Blondin, Le Tour de France. Chroniques de L’Equipe 1954-1982, Editions La Table Ronde, 1996, 940 p.

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